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Trame agropastorale du Massif central

Couvrant 40 % du Massif central et hébergeant un quart de la biodiversité, les milieux agropastoraux présentent une richesse culturelle et naturelle unique faisant de ce territoire la plus grande prairie d'Europe ! En défrichant la forêt au cours des millénaires précédents, non seulement l'homme aura permis à certaines plantes d’occuper des espaces qui leur auraient été interdits par la prédominance de la forêt sur la quasi-totalité de notre pays, mais il aura aussi contribué à la diversité génétique de cette flore. De même, la diversité des pratiques agropastorales et la diversité climatique, géologique, topographique auront permis le développement de végétations originales.

Néanmoins, les dernières décennies sont marquées par une évolution rapide des pratiques se traduisant par une perte massive de diversité végétale qui reste encore peu connue et difficile à quantifier. On estime que plus de 300 espèces de plantes des milieux herbacés ouverts seraient menacées ou quasi menacées de disparition sur le Massif central. Et si l’intensification des pratiques agricoles a un impact sur la flore sauvage, l’abandon de l’agriculture est presque aussi préjudiciable, notamment pour les espèces de pelouses sèches extensives.

Mais l'impact n'est pas qu'écologique, l'évolution des pratiques agricoles peut également affecter certaines filières de qualité. On sait aujourd'hui que cette diversité végétale est à l’origine des productions fromagères et animales de qualité bénéficiant pour la plupart d’une appellation d’origine protégée. La prise en compte de la biodiversité dans la ressource fourragère et l’évolution de cette dernière dans des perspectives de changements climatiques globaux constituent autant de problématiques partagées entre les acteurs environnementaux et le monde agricole. Les enjeux sont multiformes : préserver les sols, maintenir l’agriculture dans les régions défavorisées, stopper l’érosion de la biodiversité, lutter contre l’effet de serre et prévenir les incendies.

Aujourd'hui, tous les experts s'accordent à dire que l'évolution de la pérennité et de la qualité des milieux agropastoraux constituent un enjeu majeur pour le Massif central. Pour autant, peu d'entre-eux disposent d'outils et de méthodes pour évaluer l’état de conservation des végétations herbacées et l’impact des pratiques agricoles sur celles-ci, notamment face aux changements climatiques globaux.

Depuis 2008, le Conservatoire botanique a ainsi mobilisé son énergie pour apporter son savoir, ses acquis et ses expériences en faveur des milieux agropastoraux. Ces dernières années, il a ainsi participé à la cartographie de la trame agropastorale du Massif central afin de mieux connaître la diversité et la répartition des milieux agropastoraux et leur connexion avec les espaces protégés.

En appui auprès d'organismes de recherche, de développement et d’enseignement, il a également contribué à décrire les 60 types de prairies rencontrées sur les exploitations des filières fromagères d’Appelation d’origine protégée (AOP) du Massif central (Bleu d’Auvergne, Bleu des Causses, Cantal, Fourme d’Ambert, Laguiole, Pélardon, Rocamadour, Saint-Nectaire, Salers). Destinée plus particulièrement aux conseillers agricoles, cette typologie décrit les prairies à la fois par leur valeur d’usage, leur valeur agricole, leur diversité floristique et les liens potentiels avec la qualité des fromages. Ces apports sont intervenus dans un contexte où les nouveaux cahiers des charges AOP, en consolidant la spécificité et la typicité des produits, ont renforcé la place de l’herbe au sein des systèmes fourragers.

En juin 2011, sous l'égide de l'association des Parcs naturels du Massif central (IPAMAC), le Conservatoire botanique s'est attaché, pendant 3 ans, à imaginer, tester et valider une méthode de diagnostic de la bonne santé écologique des prairies basée sur des indicateurs simples à mettre en oeuvre (flore et végétation), appelée "TRAME". L'originalité de ce travail est d'avoir permis d'établir les priorités de conservation de la biodiversité prairiale, depuis le paysage jusqu'à la parcelle, selon la représentativité des végétations présentes sur le territoire. Mais au-delà des végétations inventoriées, les écologues ont également indiqué les végétations potentielles qui ne sont pas présentes sur chaque exploitation étudiée mais qui pourraient l'être au regard des conditions écologiques locales si certaines pratiques agricoles étaient modifiées.

Enfin, à la lueur des derniers travaux réalisés, le Conservatoire botanique est régulièrement sollicité pour participer au jury du Concours national agricole des prairies fleuries, et surtout pour définir des listes de plantes qui indiquent aux exploitants et conseillers agricoles, le bon état de conservation de certains types de prairies au regard des pratiques agricoles conduites. En effet, dans le cadre de certaines Mesures agroenvironnementales et climatiques (MAEC) proposées par les collectivités et l'État, le versement des aides est conditionné par la présence de certaines plantes indicatrices